Le site de la canne jaune.

Entretien avec Susanna Van Den Kieboom,
créatrice de la canne jaune.

Quand et pourquoi avez-vous eu cette idée ?

Photo de Susanna Van Den Kieboom.

Susanna Van Den Kieboom : Bien que j'aie des problèmes visuels depuis 1973, ce n'est qu'en 1987 que j'ai essayé pour la première fois la canne jaune. Elle n'était qu'une simple canne que j'avais trempée dans une peinture jaune, qui est la couleur à côté du blanc dans chaque boite à peinture d'enfant.

A distance cette couleur est identifiée de la même façon que la couleur blanche, les automobilistes ralentissent et c'est cela qu'il me fallait. En effet mon handicap de malvoyante leur était invisible auparavant, puisque je n'avais pas de canne.

Quels appuis et oppositions avez-vous rencontrés ?

SVDK : Comme appuis j'ai eu la presse et le milieu de la sécurité routière. Pour l'opposition, j'en ai eu d'assez méchante parfois ; il y en avait même qui allaient en disant "qu'il fallait introduire une canne bleue pour soulards".

Puisqu'elle me faisait tant de bien j'ai défendu cette canne. M. De Meyer, le Président d'une association locale m'a soutenue dans ce combat, au début tout seul, mais peu à peu les autres ont dû suivre.

J'ai argumenté que depuis l'introduction de la canne blanche en Belgique en 1954 le trafic avait augmenté d'un facteur douze. On m'a invitée à des débats, où j'avais l'avantage de la réponse rapide. Aussi je peux m'exprimer dans les trois langues de mon pays. Puisque je maintiens une vie professionnelle depuis vingt ans dans un milieu de personnes non handicapées et dans l'enseignement on connaît beaucoup de monde, le chemin vers le législateur a vite été trouvé.

Monsieur Lode Hancké, à l'époque représentant à la Chambre des députés, a déposé la loi et l'a fait voter. Il était à l'époque président local du Parti Socialiste.

Comment la canne jaune est-elle connue et perçue en Belgique ?

SVDK : Si vous l'utilisez vous-même vous aurez constaté que le public n'a pas besoin d'explication, les choses sont claires. J'ai maintes fois entendu expliquer une maman à son enfant ma canne.

Au début elle n'a pas été promue par les associations d'handicapés visuels.

Il m'est arrivé que les gens m'ont arrêtée en rue pour demander où je me l'étais procurée, faisant la demande pour un membre de la famille. Il y a même eu une fois où la demande fut faite par l'intermédiaire de mon boulanger pour un de ses clients. Parfois il y avait des personnes qui me racontaient que la canne blanche leur était refusée par leur médecin ophtalmologue.

Quel bilan tirez-vous de votre action et persistez-vous à penser que votre initiative est utile ?

SVDK : Même si je n'avais eu aucun succès sur le plan législatif, l'usage quotidien de ma canne prouve que j'en ai besoin. J'oublie parfois mes clés, mon porte-monnaie, mon manteau, mais jamais ma canne.


Propos recueillis par Michel Puech en mars 1999.
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Dernière modification de cette page le 20/02/2007 par Nicolas Graner et Michel Puech pour CANNEJAUNE.ORG.