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Ni aveugle, ni voyant !
Martine Touzé (France) 6/06/2000.

Depuis 1988, Martine Touzé se sait atteinte d'un scotome central de Fuchs affectant les deux yeux (vision centrale nulle, périphérie normale). Elle utilise une canne jaune depuis peu. Voici son témoignage.

"Oui, j'y vois, mais pas comme vous..."

« J'attends de la canne jaune qu'elle me signale comme je suis, c'est-à-dire une personne handicapée de la vue qui a encore un reste visuel.

Pourquoi une canne ? Parce que la canne, tenue d'une certaine façon, est déjà un symbole de handicap visuel pour le grand public et parce qu'elle peut servir d'aide tactile dans certains déplacements, mais, contrairement aux aveugles, pas de manière permanente.

Pourquoi jaune ? Parce qu'une couleur différente du blanc indique aux autres que je suis malvoyante et non pas aveugle, et la couleur jaune est bien visible.

- La canne jaune doit assurer ma sécurité et celle des autres.

Dans la rue, sans canne, je marche normalement, je peux même avoir une allure assez vive dans les endroits que je connais bien... tant que je ne rencontre pas d'obstacles.

Il m'est déjà arrivé à plusieurs reprises de traverser une rue, avec beaucoup d'assurance... et sous le nez d'un cycliste. Comment faire comprendre à ces cavaliers d'engins trop silencieux qu'ils se sont malencontreusement trouvés hors de mon champ visuel ?

"Oui, j'y vois, mais pas comme vous..."

De la même façon, je heurte souvent des poussettes. J'aimerais que la canne jaune dise pour moi aux porteurs de ces regards courroucés : "Oui, j'y vois, mais pas comme vous... Oui, j'utilise au maximum mon reste de vision. Non, je ne suis pas aveugle, mais c'est vous qui devez m'éviter car je n'ai pas vu la poussette alors que j'ai vu votre silhouette..."

Sous un autre angle d'éclairage ou dans d'autres conditions de contraste, je perçois d'abord la poussette, et mon cerveau extrapole automatiquement la présence de la personne qui la conduit, avant que je ne la voie : j'ai dans ce cas un comportement normal puisque je ne heurte pas la poussette, mais avec un fonctionnement de la pensée très particulier, et différent de celui des aveugles puisque partant de ce que je vois.

- La canne jaune devrait me permettre d'obtenir, quand je la demande, une aide adaptée :

Pour régler un achat, je ne parviens pas à trouver ma monnaie dans un délai acceptable: je suis souvent amenée à dire à la caissière que je suis malvoyante, tout en la regardant dans les yeux. En l'absence de signe distinctif, je peux palper une certaine incrédulité avant qu'elle ne m'aide à chercher mes pièces. Parfois, je fais l'aveugle, en la regardant de côté, dans le but de sauter la phase d'incompréhension.

- J'attends aussi de la canne jaune d'être mieux comprise de mes relations.

Même les gens que je connais un peu perdent de vue (!) que je ne vois pas comme eux, quand ils me croisent sans signe distinctif.

Je visite souvent des expositions de peinture avec une amie voyante. Nous échangeons, par des mots, ce que je vois et ce qu'elle voit : je finis par reconstituer visuellement le tableau que nous regardons ensemble.

C'est ce genre d'échanges que j'aimerais avoir avec les voyants. Nos problèmes de malvoyants ont des solutions spécifiques qui utilisent notre reste visuel, et qui par conséquent ne se résolvent pas comme ceux des aveugles.

Le rôle de la canne jaune est de banaliser le handicap de malvoyance, d'expliquer d'emblée nos comportements et de nous permettre d'échanger vraiment avec les voyants. »


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Dernière modification de cette page le 28/03/2007 par Nicolas Graner et Michel Puech pour CANNEJAUNE.ORG.